Que devient le placenta après l’accouchement ? Le guide complet pour les parents
Après les premières émotions de la naissance et la découverte de votre bébé, une question peut surgir, souvent inattendue : que devient le placenta après l’accouchement ? Cet organe fascinant, qui a nourri et protégé votre enfant pendant neuf mois, a soudainement terminé sa mission. Son sort peut paraître mystérieux, voire tabou.
Pourtant, il existe plusieurs destinées possibles pour le placenta, encadrées par la loi française. De sa gestion médicale standard à des pratiques plus personnelles comme l’encapsulation ou le don à la science, les choix s’offrant aux parents sont plus variés qu’on ne l’imagine. Cet article vous guide, avec bienveillance et expertise, à travers toutes les options, pour que vous puissiez, si vous le souhaitez, faire un choix éclairé en toute sérénité.
Le placenta : un organe éphémère et vital
Avant de se pencher sur son devenir, rappelons le rôle extraordinaire du placenta. Il n’est pas simplement un « cordon ». C’est un organe temporaire, créé par le corps de la mère dès les premiers jours de la grossesse, qui sert d’interface unique entre elle et le fœtus.
Les fonctions clés du placenta pendant la grossesse
Le placenta assure trois missions principales : la nutrition (il apporte oxygène, eau, nutriments et anticorps), l’épuration (il évacue le dioxyde de carbone et les déchets du fœtus) et la production hormonale (il sécrète notamment la progestérone et les œstrogènes essentiels au maintien de la grossesse). C’est une barrière protectrice sophistiquée, bien que non infaillible.
La délivrance : la troisième phase de l’accouchement
L’expulsion du placenta, appelée délivrance, constitue la troisième et dernière étape de l’accouchement. Elle survient généralement 15 à 30 minutes après la naissance du bébé, déclenchée par de nouvelles contractions. La sage-femme vérifie alors son intégrité : il doit être expulsé en totalité pour éviter tout risque d’hémorragie. C’est à ce moment précis que la question « que devient le placenta après l’accouchement » trouve son point de départ.
L’essentiel à retenir
Le placenta est un organe temporaire et multifonction vital pour le développement du fœtus. Son expulsion (la délivrance) est une phase médicalement surveillée de l’accouchement. Une fois son rôle terminé, il devient, aux yeux de la loi française, un « déchet d’activité de soins à risques » qui doit être tracé et éliminé de manière sécurisée, sauf si les parents formulent une demande spécifique et légale.
Le devenir immédiat du placenta après l’accouchement
Dans la très grande majorité des accouchements en France, le placenta suit un parcours médical standardisé, dicté par des impératifs de sécurité sanitaire.
Le parcours standard à la maternité
Après vérification, le placenta est placé dans un sac spécifique pour déchets biologiques, identifié avec les données de la mère. Il est ensuite incinéré dans des installations agréées, conformément au Code de la santé publique (article R1335-1 et suivants). Cette procédure vise à éliminer tout risque infectieux (virus, bactéries). Selon un rapport de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), plus de 95% des placentas suivent cette voie d’élimination sécurisée.
L’examen anatomo-pathologique
Dans certains cas, le placenta n’est pas directement éliminé. Il est envoyé au laboratoire pour un examen approfondi. Cela est systématique en cas de :
- Prématurité (naissance avant 37 semaines d’aménorrhée).
- Souffrance fœtale pendant le travail.
- Retard de croissance intra-utérin (RCIU).
- Grossesse gémellaire monochoriale (jumeaux partageant le même placenta).
- Fièvre ou infection maternelle pendant le travail.
Cet examen peut apporter des réponses cruciales sur les causes d’un problème et guider les soins pour le nouveau-né ou les futures grossesses.
Les options pour les parents : que pouvez-vous choisir ?
Contrairement à une idée reçue, les parents ont, sous conditions, leur mot à dire sur le devenir du placenta. Ces options doivent être anticipées et discutées avec l’équipe médicale, idéalement avant le jour J, lors des rendez-vous de préparation à la naissance.
1. Le don du placenta à la recherche scientifique
C’est une option méconnue mais précieuse. Le placenta, riche en cellules souches et en tissus particuliers, intéresse la recherche pour étudier des maladies (pré-éclampsie, diabète gestationnel) ou développer des thérapies. Le don se fait via des biobanques autorisées. La procédure est gratuite, éthique et encadrée. Vous devez signer un consentement éclairé. Renseignez-vous auprès de votre maternité pour savoir si elle est partenaire d’un tel programme.
2. L’encapsulation placentaire
Cette pratique, importée et en vogue, consiste à faire déshydrater le placenta, le réduire en poudre et le placer dans des gélules pour une consommation ultérieure par la mère. Ses partisans y voient un moyen de prévenir la dépression post-partum, de booster l’énergie et de favoriser la lactation. Attention : l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES) a publié en 2023 un rapport mettant en garde contre les risques microbiologiques et toxiques de cette consommation, en l’absence de preuves scientifiques solides de ses bénéfices. Si vous y songez, la maternité devra vous remettre le placenta dans des conditions d’hygiène extrêmes, et vous devrez faire appel à une professionnelle formée (une très rare activité en France).
3. La sépulture ou le rituel symbolique
Pour certains parents, le placenta représente le lien physique avec leur enfant. Souhaitant lui offrir une « fin » symbolique, ils peuvent demander à le récupérer pour l’enterrer, par exemple au pied d’un arbre. C’est légalement possible. La maternité vous le remettra dans un conditionnement adapté. Il est alors considéré comme une partie du corps humain et doit être inhumé dans un lieu privé (votre jardin) avec respect. Cette pratique nécessite une organisation logistique (récupération rapide, transport réfrigéré).
Pratiques culturelles et tendances autour du placenta
Le sort réservé au placenta varie considérablement à travers les cultures, reflétant des croyances et des traditions profondes.
Dans de nombreuses sociétés traditionnelles (Afrique, Océanie, Amérique du Nord), le placenta est considéré comme le « jumeau spirituel » ou l’âme-soeur de l’enfant. Il est enterré rituellement, souvent sur le lieu de vie de la famille, pour ancrer l’enfant à sa terre et à ses ancêtres. En Chine, des parties du placenta séché sont utilisées en médecine traditionnelle depuis des siècles pour traiter l’infertilité ou la fatigue.
En France, hormis dans certains territoires d’Outre-mer où des traditions persistent, la relation au placenta est majoritairement médicalisée. Cependant, la tendance à la « personnalisation » de la naissance, portée par des mouvements comme celui de la « naissance respectée », amène de plus en plus de parents à s’interroger et à vouloir reprendre la main sur cet aspect symbolique de l’accouchement.
Aspects légaux et de santé publique en France
La gestion du placenta n’est pas laissée au hasard. Elle s’inscrit dans un cadre juridique strict destiné à protéger la santé de tous.
Le cadre réglementaire français
Le placenta est classé parmi les « déchets d’activités de soins à risques infectieux » (DASRI). Son prélèvement, son conditionnement, son transport et son élimination sont soumis à des règles draconiennes (articles R. 1335-1 à R. 1335-14 du Code de la santé publique). C’est pourquoi une maternité peut refuser de vous le remettre si les conditions de sécurité (transport, stockage) ne sont pas garanties, ou si la demande est faite a posteriori.
Les démarches pratiques pour les parents
Si vous envisagez une option alternative (récupération pour sépulture, don), voici la marche à suivre :
- Anticipez : Abordez le sujet avec votre sage-femme ou le gynécologue-obstétricien lors du 8ème mois de grossesse.
- Formalisez : Rédigez une demande écrite et signée, à joindre à votre dossier d’hospitalisation. Précisez clairement votre souhait.
- Préparez le matériel : Pour la récupération, on vous demandera généralement d’apporter une glacière propre et des pains de glace (ou sacs de congélation) le jour de l’accouchement.
- Signez les décharges : Vous devrez signer un document attestant que vous prenez le placenta sous votre responsabilité, déchargeant la maternité de toute conséquence.
Rappelons que, selon une enquête de Santé Publique France, moins de 2% des parents formulent une demande de récupération, mais ce chiffre est en légère augmentation.
Questions fréquentes des parents
Puis-je décider sur le moment ce que je veux faire du placenta ?
Non, il faut anticiper. La décision doit être prise avant l’accouchement et formalisée dans votre dossier. Le jour J, l’équipe est concentrée sur votre sécurité et celle de votre bébé, et ne pourra pas organiser la logistique en urgence.
Est-ce que je peux garder le placenta si j’accouche à domicile (AAD) ?
Oui, mais sous responsabilité. Lors d’un AAD, les sages-femmes vous remettent le placenta après la délivrance. C’est alors à vous de gérer son devenir dans le respect des règles d’hygiène. Elles pourront vous conseiller sur les modalités pratiques d’élimination si vous ne souhaitez pas le conserver.
Le don du placenta est-il rémunéré ?
Absolument pas. En France, le don du corps humain et de ses éléments est strictement anonyme, volontaire et gratuit, conformément aux lois de bioéthique. Vous ne pouvez en aucun cas vendre votre placenta.
Y a-t-il un risque à consommer son placenta (encapsulation) ?
L’ANSES identifie des risques : transmission d’agents infectieux (si le placenta n’est pas traité correctement), exposition à des contaminants (métaux lourds, médicaments) que le placenta a pu filtrer, et déséquilibres hormonaux. Les bénéfices supposés ne sont pas scientifiquement prouvés. Parlez-en à votre médecin ou sage-femme.
Que se passe-t-il si le placenta ne s’expulse pas naturellement ?
On parle de rétention placentaire. C’est une urgence obstétricale car elle peut provoquer une hémorragie. La sage-femme ou le médecin doit alors intervenir manuellement ou chirurgicalement (révision utérine) pour le retirer sous anesthésie. Le placenta sera ensuite systématiquement envoyé au laboratoire pour analyse.
Puis-je faire des empreintes ou une œuvre d’art avec le placenta ?
C’est une pratique marginale mais qui existe (« placentaprint »). Elle nécessite les mêmes démarches que pour la récupération (demande anticipée, conditionnement). Il est crucial de travailler avec un matériel stérile et de respecter des règles d’hygiène très strictes pour éviter tout risque infectieux dans les jours qui suivent l’accouchement.
Conclusion
La question « que devient le placenta après l’accouchement » ouvre une porte sur des dimensions à la fois médicales, symboliques et personnelles de la naissance. Qu’il suive la voie médicale standard, qu’il soit offert à la science, ou qu’il fasse l’objet d’un rituel intime, l’important est que ce choix, lorsqu’il existe, soit fait en connaissance de cause, dans le dialogue avec les professionnels qui vous entourent, et en toute sécurité.
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